Pour AVSF, Sylvain Bleuze, Coordinateur en Équateur / Colombie
Un impact sur le long terme
Depuis plus de 47 ans, l’action d’AVSF se distingue par une conviction forte : seules des coopérations inscrites dans la durée, co-construites avec les acteurs locaux, peuvent garantir un impact durable sur les territoires et améliorer la vie des populations rurales. Notre approche n’est donc pas celle d’interventions ponctuelles ou de solutions rapides. Nous croyons fermement que l’autonomie des communautés et des organisations paysannes passe par leur pleine participation à la mise en œuvre des projets, le partage des responsabilités et des ressources.
En Colombie, par exemple, notre travail a débuté en 2008 au sud du pays dans le département de Nariño. Nous y avons accompagné l’organisation locale indigène Shaquiñan dans la gestion durable et la transition agroécologique de son territoire. Et ce projet n’a été qu’un point de départ. Avec le temps, nous avons élargi notre soutien à d’autres partenaires colombiens, comme la Fondation Fundesuma, organisation régionale qui défend la souveraineté alimentaire des territoires. Dans le respect des prérogatives de chacun et du droit à l’erreur, les projets sont co-construits. Cette vision de la coopération est un facteur clef du retour de la confiance sur le long terme entre communautés, dans un pays meurtri par le conflit armé (plus de 220 000 morts sur plusieurs décennies).
En impliquant les organisations paysannes et locales à chaque étape, nous faisons le pari que les résultats seront pérennes et que les populations concernées deviendront les actrices de leur propre développement.
Donner une voix aux organisations locales
Quel que soit le pays où nous intervenons, nos projets ne se contentent pas d’améliorer les pratiques agricoles ou de commercialisation. Nous cherchons à renforcer les organisations locales et à favoriser leur intégration dans des réseaux nationaux et internationaux pour qu’elles puissent défendre leurs droits et peser dans les débats publics.
En Colombie toujours, après la signature des accords de paix en 2016, AVSF a mis en œuvre l’action EcoPaz, Agroécologie pour la paix. Au-delà de résultats tangibles pour les familles avec la réduction des coûts de production et l’amélioration des revenus via la vente directe, la coopération d’AVSF a permis de renforcer leurs organisations et leur participation au sein de réseaux d’influence comme le Mouvement agroécologique d’Amérique latine (MAELA). Ce travail débouche aujourd’hui sur l’adoption de plans de développement municipaux qui intègrent l’agroécologie paysanne, démultipliant ainsi les effets des projets.
Contribuer à des politiques publiques plus justes
Ce qui caractérise l’action d’AVSF, c’est aussi notre volonté d’accompagner les communautés paysannes bien au-delà des projets eux-mêmes. Nous soutenons les hommes et les femmes qui, grâce à leur engagement, deviennent des leaders locaux, capables de porter les revendications des populations rurales.
En 2022 par exemple, Robert Daza, paysan de l’organisation Fundesuma, est élu sénateur. Des années auparavant, Robert a été étudiant de champs-écoles agroécologiques dans le cadre d’un projet d’AVSF et a pu participer à une rencontre en France entre différents peuples de montagne du monde. Dès lors, sortant du cadre du projet, AVSF l’accompagne dans la construction d’une proposition de Loi pour la promotion de l’agroécologie en Colombie. En septembre 2024, AVSF se retrouve à co-organiser le premier congrès national d’agroécologie, avec plus de 1 000 participantes et participants, jeunes et moins jeunes, originaires d’organisations paysannes, écologistes, féministes, et d’universités de tout le pays.
La trajectoire d’AVSF, partenaire d’acteurs du sud colombien, avec un travail direct auprès de 4 000 familles depuis 2008, nous permet aujourd’hui donc d’accompagner le Ministère de l’agriculture colombien dans le développement de sa politique agroécologique, de renforcer le mouvement national agroécologique et de dynamiser le dialogue avec la société civile.
Le cas colombien illustre comment un ancrage fort de notre coopération dans la durée ouvre des opportunités pour le passage à l’échelle, du local au national. Voilà très certainement un des succès de notre coopération dans les Andes qui ne demande qu’à être prolongé !